Premiers pasHUIT ENTRETIENS SUR LA POLITIQUE
Rémi Morin.- Dans votre présentation, vous vous proposez de commenter l’actualité politique sous un regard chrétien. Mais en fait, vous faites assez peu de politique. Hermas.- Qu’est-ce que ça veut dire : “faire" de la politique ? Rémi Morin.- Eh bien, suivre davantage l’actualité, éventuellement s’engager dans l’arène et les débats publiques, militer pour un parti déterminé... Ce n’est pas exclusif d’un engagement chrétien, si ? Hermas.- Assurer un commentaire suivi de l’actualité requerrait une présence de tous les instants, que nous ne pouvons nous permettre. Inévitablement, nous laissons donc sur notre blog des “blancs”, parfois sur des sujets importants, naturellement. Mais il faudrait un temps dont nous ne disposons pas pour les aborder avec sérieux. Nous nous en remettons alors implicitement à ceux qui sont mieux armés, et qui ne manquent pas. La plupart des “blogueurs” connaissent ce phénomène. Pour ce qui est du militantisme, non, cela ne répondrait pas à notre engagement. D’abord, quand on constitue une équipe, il y a des divergences de points de vue qui se manifestent (parfois rudement !) et qu’il faut respecter, et puis le militantisme peut facilement être inféodé aux objectifs d’un parti. D'ailleurs, les rares fois où nous avons fait nôtres les analyses politiques d'un politicien déterminé, cela nous a été reproché comme un manquement. En outre, franchement, “faire de la politique”, pour nous, non merci ! Nous nous insurgeons, précisément, contre cette atrophie du politique, réduit à l’ordre du “faire”, de la technique. Il en est de la politique comme de l’amour. Quand on est réduit à les “faire”, c’est qu’on en a perdu l’essentiel. On “s’engage” dans la politique, comme on s’engage dans l’amour, ce n’est pas pareil. On parle alors de responsabilité, pas de “fabrication” ou de “construction”. On parle aussi de regard. Pour aimer, il faut d’abord regarder l’autre. La politique aussi réclame d’abord une lucidité. C'est ce que nous évoquions, ailleurs, en invoquant le personnage historique d'Hermas et son ouvrage, le Pasteur. Hermas nous intéresse, disions-nous, par la leçon qu'il donne sur la nécessité de veiller à la qualité de son regard sur les choses. Notre engagement à nous, dans ce blog, c'est d’essayer de porter sur la société politique, sur sa vie, un regard éclairé par la foi chrétienne. Ce n’est déjà pas si simple, à de multiples égards ! Lui aussi a besoin de toujours rajeunir, de se purifier. En tout cas ce n’est pas exclusif d’engagements plus concrets pour chacun.
Rémi Morin.- Hermas commence à être connu sur la “toile”, où la “concurrence” est pourtant rude et variée. On ne va pas rappeler la longue présentation que vous en avez faite, tout au début de votre blog. Il suffit de s’y reporter. Mais Hermas, c’est quoi, c’est qui ? Hermas.- Il existe aujourd’hui une multitude de blogs et de sites, catholiques en particulier, souvent de qualité, qui contribuent largement à la circulation d’informations ou d’analyses en tous genres et à la création de véritables solidarités. Nous sommes très impressionnés, en particulier, de voir combien internet permet de resserrer les liens ecclésiaux entre différents pays et de s’enrichir ainsi des réflexions d’autres communautés catholiques. Ainsi nous avons pu nouer à plusieurs reprises de très bons contacts avec des prélats de langue anglaise ou espagnole. Cela nous paraît très important. Notre place en cet univers est cependant très modeste. Nous constituons une petite équipe d’amis, aux collaborations occasionnelles ou régulières, qui ont par ailleurs une activité professionnelle chargée, ce qui les empêche, malheureusement, d’être plus présents. Et puis nous avons, de temps en temps, quelques collaborations extérieures, auxquelles – dit en passant – nous sommes toujours ouverts ! Avis aux amateurs ! Rémi Morin.- Vous faites de la pub ! Hermas.- Oui, pourquoi pas ? Ainsi une chronique spirituelle régulière serait la bienvenue, sacerdotale ou non – l’approche des questions disputées soulève des passions que l’onction des choses saintes permet d’adoucir… - et toute contribution qui aurait pour objet d’enrichir un peu notre blog serait favorablement examinée, en particulier dans des commentaires de l'actualité ou sur des analyses de fond. Rémi Morin.- On vous a parfois reproché, à ce sujet, d’être anonymes… Hermas.- Oui, c’est exact. Mais notre anonymat, c’est en quelque sorte notre liberté. Un anonymat relatif, d’ailleurs, car nous correspondons souvent avec nos interlocuteurs sous nos noms respectifs. Mais c’est vrai que c’est un parti que nous avons pris dès le début. Comme bien d’autres blogs d’ailleurs, qui ne sont pas purement individuels, ce n’est pas une originalité. Nous marquons par là que c’est un travail d’équipe. Quant au reproche que vous évoquez, il confirme bien que notre liberté est associée à cet anonymat. Vous savez, quand vous dites quelque chose et qu’on vous met en demeure de décliner votre identité, c’est déjà le signe, soit qu’on ne vous écoute pas, soit qu’on ne souhaite pas vous laisser parler. Dans les deux cas, votre identité, dans le fond, est très secondaire. Si l’on choisit d’intervenir dans un débat ou de s’y intéresser, ce qui importe n’est pas de savoir si on s’appelle Christian Dupond ou Gwendoline Durant mais de savoir si ce qu’on dit est vrai ou non. Le reste n’a pas d’intérêt.
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