Qui es-tu, Seigneur, et qui suis-je, moi, pour oser aller à toi? Qu’est-ce que l’homme, pour recevoir Dieu en lui, son créateur ? Qu’est-ce que l’homme, sinon un vase de corruption, un fils du démon, un héritier de l’enfer, un faiseur de péchés, au mépris de Dieu, et une créature toute incapable de bien et toute puissante au mal ? Qu’est-ce que l’homme sinon un animal misérable en tout, aveugle en ses conseils, vain dans ses œuvres, souillé dans ses appétits, déraisonnable dans ses désirs et finalement, en toutes choses, petites ou grandes, ne se confiant qu’en lui-même ? Voilà, en définitive, Seigneur, ce que je suis.
Mais toi, en revanche, qui es-tu ? Tu es grand, sans quantité, bon sans qualité, sage sans mesure, et éternel hors du temps. Tu es infini en grandeur, tout-puissant en vertu, immense en sagesse, admirable en tes conseils, terrible en tes jugements, parfait et achevé dans toutes les vertus. Comment une créature aussi vile et souillée osera-t-elle aller à son Dieu, d’une si grande majesté ? Les étoiles ne sont pas pures devant ta face, les colonnes du ciel tremblent devant toi, les plus hauts des séraphins inclinent leurs ailes et se tiennent pour de pauvres vermisseaux en ta présence. Comment une si vile et si basse créature osera-t-elle te recevoir en elle ? Le saint Baptiste, sanctifié dans les entrailles de sa mère, n’a pas osé touché ta tête, il ne s’est pas jugé digne de dénouer la courroie de tes sandales. Le prince des apôtres, en écho, a dit : « Ecarte-toi de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur ». Comment oserai-je m’approcher de toi, moi, qui suis chargé de tant de péchés ?
Si seuls ceux qui étaient purs et sanctifiés pouvaient manger de ces pains posés sur la table du temple, devant Dieu – pains qui n’étaient pourtant qu’une figure de ce mystère – comment oserai-je, moi, si éloigné de la sainteté, manger le Pain des anges ?