index.htm(l) Présentation d'Hermas
 
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L’histoire a pourtant, parfois, des retournements aussi heureux qu’imprévus. Malraux, qui annonçait un siècle religieux, paraît, pour l’heure, ne s’être pas trompé. Si les idéologies et leurs “religions séculières”, que l’on a trop tôt donné pour éteintes, ont muté dans un universel conformisme mental, la “religion religieuse”, si l’on peut dire, est de retour. Elle est, de fait, l’unique interlocutrice de cette pensée unique dont le politique, épuisé et doutant de lui-même, s’est fait le serviteur avili. Le fait que ce retour éveille aussi les périls, les pièges et les interrogations liés à l’islam et aux sectes n’ôte rien à sa réalité, ni à sa bienvenue. Donnant tous ses droits à l’exercice de la raison, l’Eglise, gardienne de l’ordre naturel et surnaturel, invite le monde à s’interroger sur son devenir et la “culture de mort” qui le fait «dégénérer en s’endurcissant» , selon le mot de Bernanos. Elle lui rappelle, à temps et à contre-temps, dans toutes les sphères de l’activité humaine, le prix et le sens de la vérité, de la vie, de la dignité et de la liberté. Le célèbre « N’ayez pas peur ! » lancé par Jean-Paul II aux chrétiens et repris par son successeur a réveillé nombre de consciences, chez les clercs comme chez les laïques de tous horizons. Les uns et les autres ont redécouvert, sous sa conduite, le “goût du sel”, c'est-à-dire le sens du Christ, « chemin, vérité et vie » (Jn 14,6) et maître de l’histoire. Avec lui est renée la fierté joyeuse d’être chrétien, avec le désir renouvelé de servir la cité. Une multitude de mouvements, de sites, d’associations se sont constitués pour répondre à ses appels comme à ceux de Benoît XVI et tenir désormais leur place, sans complexe, au coeur même de la cité, prêts à « rendre raison de l’espérance qui est en eux » (1 Pier., 3,15).
Homme de la cité, ou étranger à la cité ? Le chrétien s’est souvent vu reprocher de n’être qu’un demi-citoyen, soumis qu’il est – en particulier en matière morale – à d’autres lois que celles que la cité a choisi de se donner.
L’accusation de n’être qu’à moitié de la cité, si injustifiée en soi, trouve ici paradoxalement sa raison d’être pour ces croyants-là, comme pour ceux qui croient devoir sacrifier à leur foi tout engagement social. Non seulement parce qu’ils se sont amputés de partie d’eux-mêmes mais aussi parce qu’ils se sont ainsi rendus débiteurs insolvables de la richesse spirituelle, vitale, que justice et charité leur commandaient d’offrir à la société. Pour être pleinement citoyen, le chrétien doit être tout entier chrétien ou se résigner à n’être rien.
Aux chrétiens de relever le défi, avec l’intelligence de la foi. A eux de rendre vivante, charnelle, intelligible au monde, cette clé que le Christ lui a offerte par ces mots : « La vérité vous libérera ! » (Jn 8,32). Il est si singulier, et si éclairant, à y bien réfléchir, que cette affirmation ait été faite à l’occasion d’un débat juridique et moral, où le Christ fut mis en demeure de “dire le droit et le juste” au sujet d’une femme adultère ! Dans le large sillage ouvert par le pape Jean-Paul II, Hermas entend proposer, sur les débats du jour, si souvent gros de conséquences humaines, une réflexion et un éclairage résolument chrétiens, nourris des enseignements de la Parole divine et du magistère. Ce site est évidemment loin d’être le seul à entreprendre cet effort. Cette richesse et cette diversité ne sont pas pour nous déplaire. Il est plus loin encore, sans doute, d’être le plus pertinent à le faire, et à le faire avec constance. Mais n'est-ce pas déjà assez d'apporter sa petite pierre, comme dans l'édification de cette tour vivante et salvifique qu'évoque le nom d'Hermas ? Aussi nous sentirons-nous déjà récompensés si nous pouvons, par notre modeste apport à une œuvre d’ensemble, contribuer à réveiller l’intérêt des chrétiens pour la chose publique et affermir leur certitude dans le caractère irremplaçable et exaltant de leur irremplaçable engagement.
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Au travers du chrétien c'est aussi le religieux, et Dieu même qui sont mis en cause. Grotius n’a pas attendu Marx pour imputer à Dieu les malheurs de l’homme et proposer son élimination pour rendre le monde plus vivable. Siècle après siècle, la pensée libératrice suit sa route. Après avoir pris le parti de sauver la nature en la coupant de Dieu, elle prend sous nos yeux le pari d’émanciper définitivement l’homme en le coupant de sa nature.
Homme d’un autre monde, cette soumission est supposée le rendre étranger aux exigences de son temps et aux évolutions nécessaires qui le gouvernent, quand – crime suprême – elle ne le rend pas “intolérant”.
Saint Thomas More, que Jean-Paul II a donné pour patron aux hommes politiques, constatait déjà de son temps que « quelque mauvaise que soit une cause, il y aura toujours bien un juge qui la trouvera bonne, soit par manie de contradiction, soit par amour de la nouveauté et du paradoxe, soit pour plaire au souverain » . Le “souverain”, c’est aujourd’hui l’opinion, l’insatiable appétit du “moi” érigé en valeur sociale, les médias, les modes, les groupes d’intérêts ou, tout simplement, le flux de l’évolution des mœurs. Une évolution sans repère. Sans d’autres repères, du moins, que ceux que cette évolution se donne au jour le jour, moins pour s’assurer de la justesse de la direction prise que pour se donner l’illusion de la maîtriser par le droit, à la manière d’un marin qui, divaguant sur la mer, sans mesure et sans correction, se rassurerait parce qu’il tient en main un sextant. L’évolution morale perpétuelle, c’est la révolution perpétuelle coiffée d’un haut de forme et vêtue d’un habit de bourgeois ou de juge. Cette “manie de contradiction” ou cet “amour de la nouveauté et du paradoxe” ne sont évidemment pas propres à quelques magistrats. Ils ont envahi le corps social tout entier et s’exercent, par pressions successives, sur des “causes” aussi diverses que l’homosexualité, le mariage, le divorce, l’enseignement, l’avortement, l’euthanasie, les manipulations génétiques, voire l’histoire ou l'écologie, jusqu’à y faire lâcher prise au sens commun sous-alimenté et culpabilisé du plus grand nombre.
Peinant souvent à harmoniser leur foi et leur vie sociale, faute peut-être de connaître assez l’une ou l’autre, bien des chrétiens se laissent impressionner par l’assurance et l’empire de cette pensée. La tentation s’impose à eux de réduire leur foi à la sphère de leurs obligations cultuelles et au champ de leur conscience individuelle, afin que leurs convictions n’apparaissent ni trop voyantes, ni surtout trop décalées. En réduisant ainsi leur identité spirituelle, ces chrétiens espèrent être présentables et acceptés dans la cité des âmes mortes. Force est de constater qu’ils y parviennent. Mais au prix de l’affadissement de ce sel de la terre qu’ils sont censés constituer, et qui n'est alors « plus bon à rien qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens » (Mt 5, 15). L’effort d’effacement n’est en retour payé que de mépris. Qui respecterait, en effet, une foi honteuse d’elle-même ?
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