Mais ces jeunes se « battaient » pour pouvoir me servir la Messe le matin, en privé, à l’autel situé au fond de la Chapelle, alors qu’il y avait, dans le même temps, la Messe « officielle », célébrée par le Directeur des Vocations le Père Duranton, réduit bien souvent à parler dans le désert. Ce qui ne manqua pas de créer des tensions, bien sûr !
Le 8 décembre 1967, fête patronale du séminaire Sainte Marie, nous avons même eu une Messe Pontificale célébrée par Mgr Ménager. Rien n’y manquait : les Diacres assistants, les porte-insignes, bref, une vingtaine de servants dans le chœur. Les jeunes étaient « aux Anges », d’autant plus que j’avais préparé la chorale qui avait chanté tout le Kyriale des Messes solennelles n° 2 « Kyrie Fons Bonitatis ». Les jeunes, séminaristes et non séminaristes de la chorale, chantaient de tout leur cœur. A la fin de la Messe, Monseigneur Ménager m’a remercié, en ajoutant (in cauda venenum) : « Mais le Kyrie était beaucoup trop long ». Je lui répondis : « Certes ! Mais il a été composé par des gens qui méditaient, pour des gens qui méditent ».
Et ainsi, la situation s’est tendue, régulièrement, et devint rapidement insoutenable. D’autant plus que les jeunes qui se destinaient au Sacerdoce me disaient, dans leur langage affectueux « L’abbé, vous devez nous trouver un BON séminaire, parce qu’on n’ira pas à LEUR Saint Sulpice ». Trouver un bon séminaire ! « Hic jacet lepus » ! C’était bien là la difficulté !
J’étais devenu un « trublion », au point que le Père Duranton me demanda un jour s’il pouvait venir me parler dans mon bureau-chambre. Bien sûr, avant son arrivée, j’ai installé un magnétophone sous mon lit ! Je résume l’entretien en quelques mots : « Avec votre soutane, et vos idées préconciliaires, vous êtes un scandale pour tout le Diocèse ». Mais déjà pour Sainte-Marie, et surtout pour lui qui avait perdu une grande partie de ses pénitents. Il était bien « en cour » avec Mgr Ménager, et je m’attendais à être changé « pour faire un peu de pastorale en paroisse » et « être remis au pas en contact avec la réalité ». Le Père Lherbier m’avait soutenu, il me soutenait, il était heureux de chanter les Complies en latin etc. Mais c’était un faible, surtout devant le Père Duranton.
Je dois reconnaître que ce dernier ne me portait pas du tout dans son cœur. Surtout après une intervention de ma part auprès de Mgr Ménager. En 1969, Le Père Duranton, Directeur des Vocations, avait organisé deux journées de rencontre pour les jeunes gens et les jeunes filles du Diocèse, un samedi et un dimanche. Il avait prévu notamment une Messe « à étapes » : le samedi soir, dîner en commun dans la nature, si le temps le permettait, au cours duquel se déroulerait la première partie de la Messe : La Liturgie de la Parole.
Après cela, repos dans les greniers des fermes des environs, couchés dans la paille, garçons et filles mélangés, pour aider aux rencontres interpersonnelles, favoriser les contacts et les échanges et aider ainsi les jeunes à préparer leur avenir.
Pour le dimanche matin, le petit déjeuner comprendrait la liturgie de l’Offertoire, avec la présentation du pain et du vin. Et, pendant le repas de midi, on procèderait à la Consécration et à la communion.
Mis au courant de ce projet, préparé dans tous les détails, j’intervins auprès de Mgr Ménager, réticent d’abord sur une intervention, mais qui dut céder devant ma menace de déposer une plainte à Rome. La réunion des jeunes du Diocèse aurait lieu, comme prévu, mais la Messe serait célébrée, normalement, dans l’église du village qui nous accueillait. La Messe ? Les jeunes, assis, couchés sur le sol de l’église, discutant, riant, en tenue négligée après une nuit passée dans la paille, et dans quelles conditions (?) chantaient à tue-tête des chants hippies, accompagnés à la guitare, et qui n’avaient, pour la plupart, aucun rapport avec la Messe célébrée. Je m’étais réfugié, par prudence, au fond de l’église, et les séminaristes s’étaient joints à moi les uns après les autres.
Vint le moment de l’échange de la paix, qui se donna sous toutes les formes possibles et imaginables ; aussi, lorsque des jeunes, envoyés tout exprès par l’organisateur pour « nous donner la paix », j’ai répondu avec un grand sourire « Foutez-nous la paix ! ». A la sortie de l’église, au moment de quitter l’assemblée, un groupe de jeunes, guidé par l’Abbé Duranton, s’en prit à nous, à moi, en criant : « hérétiques, intégristes ».
Mon avenir était tracé !
A la fin du mois de juillet, Monseigneur Ménager m’annonça, non pas oralement, mais par lettre, que je reçus alors que j’étais en vacances avec ma famille, que j’étais nommé Vicaire à Nemours. A la mi-juin je lui avais parlé de bruits concernant mon changement ! Il m’avait répondu avec fermeté : « Il n’en est pas question ».
Parole d’Evêque.
J. M.
22 septembre 2009