Hermas nous intéresse aussi en ce qu'il fut un des témoins de la première heure, qui se maintint ferme et fidèle en son idéal chrétien dans les contradictions de son temps, qui sont, en quelque sorte, le paradigme de toutes celles qu'un chrétien peut devoir affronter dans le sien, avec cet enjeu de toujours : rester, ou non, fidèle à son identité.
Hermas nous intéresse encore par sa célèbre vision de l'Eglise, qu'il présente comme « une grande tour bâtie sur les eaux avec de brillantes pierres carrées » (Vision III, 10 [2],4), construites des pierres vivantes que nous devons être comme chrétiens (cf. 1 Pier. 2,5). Il est entendu que l'Eglise et la société politique ne sont pas du même genre ni des sociétés parfaites au même sens. Il est clair, également, qu'on ne peut être pierre pour celle-ci comme on est pierre pour celle-là parce qu'il n'y a pas, malgré l'attachement des médiévaux à cette notion, de corps mystique social. Il n'empêche que l'image de la tour vient nous enseigner que l'on se réalise aussi comme chrétien, dans la part que l'on apporte, par l'exercice surélevé des vertus sociales, à l'édification de la cité, comme acteur et comme témoin.
Hermas nous intéresse enfin par la leçon qu'il donne sur la nécessité de veiller à la qualité de son regard sur les choses. Dans la première Vision, il voit apparaître « une vieille femme en habits resplendissants » (Vision I, 2,2), qui se révèle être l'Eglise - peut-être parce qu'il est plus sensible aux prestiges glorieux de son passé qu'à l'actualité immédiate de sa vie. Tentation de tous les temps, qui incline les hommes à préférer les représentations qu'il se font des choses à la réalité même de ces dernières.