Parole exquise, d’une étonnante profondeur, écrite plus tard au sujet d’une charge qui lui était confiée, mais qui résume, dès le début, toute sa vie spirituelle, et nous révèle le fond si simple et si vrai de son âme d'enfant, le secret de sa course vers la sainteté.
Toute jeune, en effet, elle a compris son incapacité, son néant, sa faiblesse ; grâce bien rare, croyons-nous, et qu'il faut acheter souvent par une expérience plus ou moins prolongée de sa propre misère. Pour Thérèse, dès le début, elle attendra tout de Dieu, rien d'elle-même. N'est-ce pas parce qu'elle ne peut rien que la tâche lui semble plus facile? Sa forme de sainteté sera donc de se confier et de s'abandonner au Père qui peut tout et qui la conduit. Elle se contentera de lui être très fidèle.
C'est dire que l'influence des dons du Saint-Esprit éclate merveilleusement en son âme.
Ces dons sont, en effet, des grâces surnaturelles, des habitus qui nous rendent propres à recevoir les divines inspirations et à nous y rendre dociles, qui nous font connaître et sentir la bonté de Dieu et nous poussent à Le chercher avec simplicité de cœur, et grande confiance de le trouver (Sag. 1,1).
La pratique de ces dons constitue la vie contemplative ou, à proprement parler, la vie mystique.
Contrairement à ceux qui supposent chez Thérèse une «âme purement ascétique » s'écartant à peine de la voie que l'on appelle « ordinaire » - celle des commençants, et dont la plupart sont supposés ne pas sortir - nous disons, non seulement qu'elle fut mystique dans toute la rigueur du mot, mais qu'elle commença à l’être, par grâce spéciale, dès le premier éveil de la raison.
Et nous disons, également, que tous les actes de Thérèse, même les plus ascétiques en apparence, ont une certaine teinte mystique, provenant d’un cœur déjà embrasé d’amour de Dieu. Ainsi, sa confiance filiale et son abandon à l’action divine sont tels qu’elle paraît tout de suite en plein état passif, dirigée par un instinct supérieur, uniquement possédée par l’Esprit-Saint et enseignée par Lui.
Cet instinct et cette emprise la mènent sûrement, bien que parfois dans les ténèbres, par le droit sentier que l’amour lui a tracé et qui est la petite voie.