1.- De tous les êtres qui l’entourent, l’homme est le seul non seulement à être, mais à savoir qu’il est. Le seul non seulement à pouvoir agir sur soi et sur les choses mais à être, en outre, maître de son activité, parce qu’il est libre d’en disposer dans un sens ou un autre. Telle est sa grandeur : sa conscience et sa liberté, fruit de son esprit, le placent au-dessus de toutes les choses matérielles, en un domaine qui transcende l’espace et le temps. Ils lui confèrent ainsi la maîtrise du monde matériel et de soi-même.
2.- Les autres êtres, en effet, n’ont pas une conscience explicite de ce qu’ils sont. Ils sont conduits à leurs fins spécifiques et individuelles par des lois nécessaires, d’ordre physique, chimique, biologique et instinctif, imprimées dans leurs facultés. Incapables de sortir du champ inéluctable de ces lois, ils agissent toujours de la même manière, sans progrès aucun. En revanche, l’homme, grâce à son intelligence, peut dépasser les phénomènes jusqu’à parvenir à l’être constitutif des choses. Il peut faire retour sur soi, sur sa propre activité et sur son être. Il peut s’intérioriser, dans le domaine lumineux de la conscience, méditer sur la vérité de l’être des choses, l’être de Dieu, son propre être intérieur. Il peut ainsi mettre en relation fins et moyens, organiser son action pour tendre à ces fins, soit dans les choses extérieures, par la technique et l’art, soit dans sa propre activité libre, par sa vie morale, ou organiser l’activité de son intelligence strictement contemplative, par la science et la philosophie.
Dans ce retour sur soi, l’homme enrichit de plus en plus son intelligence, par la contemplation de la vérité, et grandit dans sa volonté libre, par l’amour du bien. Son esprit s’enrichit par ces deux voies, comme homme, être de conscience et de liberté.
3.- Mais ce n’est pas assez dire. Ce n’est aussi que par cette double dimension de l’esprit que l’homme est capable de faire retour sur l’être et l’activité des choses matérielles elles-mêmes, afin de les enrichir par la réalisation de la vérité et du bien, lesquels ne sont rien d’autre que l’être. Dans le silence de la méditation, par son intelligence, l’homme découvre les relations des moyens et des fins et, à cette lumière, il organise les règles de l’action pour les mener à terme, sous l’impulsion de sa liberté. Les résultats obtenus lui permettent de découvrir de nouveaux moyens d’obtenir de nouvelles fins, et c’est ainsi qu’il accroît les biens matériels. Les fruits si abondants qui ont été tirés des objets matériels par l’art et la technique s’enracinent dans l’esprit. Ils ont germé et mûri dans sa solitude féconde, dans une méditation qui a découvert les relations qui ont cimenté leur possibilité. C’est l’esprit encore qui a ensuite enchaîné les moyens de leur réalisation et, finalement, par la volonté, qui s’est décidé à l’effectuer.
On le voit, il n’y a pas que l’enrichissement intérieur, le plus noble, celui qui porte sur l’homme lui-même, qui soit atteint par l’intériorité lumineuse de la conscience, par la contemplation de la vérité et la décision libre de réaliser le bien. Il en est de même des biens matériels produits par l’art et la technique. Ceux-ci ne peuvent pas être atteints sans que l’action qui les obtient ou les réalise puise et soit alimentée à cette double source créatrice de l’esprit : celle de l’intelligence et de la volonté libre. Par la vérité ou le bien pratique ou réalisable, l’intelligence ordonne l’action par tels ou tels moyens. La volonté libre décide de son existence comme bien, en la mettant en oeuvre.
L’action qui enrichit le monde spirituel, de celui de l’homme individuel, de la famille, de l’Etat et des autres institutions sociales, comme celle qui accroît le monde des biens matériels, artistiques et techniques, et les transforme pour le bien spirituel et matériel de l’homme, passent immédiatement par une action extérieure et même par des instruments matériels.