L’histoire a pourtant, parfois, des retournements aussi heureux qu’imprévus. Malraux, qui annonçait un siècle religieux, paraît, pour l’heure, ne s’être pas trompé. Si les idéologies et leurs “religions séculières”, que l’on a trop tôt donné pour éteintes, ont muté dans un universel conformisme mental, la “religion religieuse”, si l’on peut dire, est de retour. Elle est, de fait, l’unique interlocutrice de cette pensée unique dont le politique, épuisé et doutant de lui-même, s’est fait le serviteur avili. Le fait que ce retour éveille aussi les périls, les pièges et les interrogations liés à l’islam et aux sectes n’ôte rien à sa réalité, ni à sa bienvenue.
Donnant tous ses droits à l’exercice de la raison, l’Eglise, gardienne de l’ordre naturel et surnaturel, invite le monde à s’interroger sur son devenir et la “culture de mort” qui le fait «dégénérer en s’endurcissant», selon le mot de Bernanos. Elle lui rappelle, à temps et à contre-temps, dans toutes les sphères de l’activité humaine, le prix et le sens de la vérité, de la vie, de la dignité et de la liberté. Le célèbre « N’ayez pas peur ! » lancé par Jean-Paul II aux chrétiens et repris par son successeur a réveillé nombre de consciences, chez les clercs comme chez les laïques de tous horizons. Les uns et les autres ont redécouvert, sous sa conduite, le “goût du sel”, c'est-à-dire le sens du Christ, « chemin, vérité et vie » (Jn 14,6) et maître de l’histoire. Avec lui est renée la fierté joyeuse d’être chrétien, avec le désir renouvelé de servir la cité. Une multitude de mouvements, de sites, d’associations se sont constitués pour répondre à ses appels comme à ceux de Benoît XVI et tenir désormais leur place, sans complexe, au coeur même de la cité, prêts à « rendre raison de l’espérance qui est en eux » (1 Pier., 3,15).