Biographie de Benoit GUILLOUX

Extraite de l'article "Chronique des prêtres du canton de Palinges sous la révolution" écrit par Jean-René LACOUR et publié dans le n° 43 (juillet 1989) de la revue Nos Ancêtres Et Nous (reproduction avec l'aimable autorisation de l'auteur)

 

A la fin de l'Ancien Régime, juste avant la Révolution, la paroisse de Palinges, dépendant déjà de l'évêché d'Autun, était confiée, depuis le 12 février 1793, à l'abbé Benoît GUILLOUX lequel était assisté d'un vicaire, l'abbé Claude BARLERIN.

Benoit GUILLOUX, originaire de Verosvres où il était né le 2 février 1752, avait été précédemment vicaire à Suin. Assez curieusement, il exerçait, en même temps que les fonctions de curé de Palinges, la charge de régisseur du Château de Digoine. C'est sans doute pourquoi, lorsque commencèrent les persécutions religieuses, il abandonna la prêtrise pour se consacrer exclusivement à sa charge de régisseur.

Ce fut, dit-on, grâce à son courage que le château de Digoine aurait été préservé du pillage, sinon de la démolition. A plusieurs reprises, en effet, des excités réunis en bandes seraient venus avec l'intention de saccager et incendier l'édifice mais la seule présence de Benoit GUILLOUX, brillant orateur sachant parler haut et fort, aurait suffi à calmer les vandales et les dissuader de commettre l'irréparable. Une telle attitude vaudrait que le nom de ce prêtre soit préservé à jamais de l'oubli, Digoine restant un des plus beaux châteaux de la région et il aurait été navrant qu'un tel fleuron de l'architecture du XVIIIe siècle ait disparu, victime de la bêtise humaine.

Si Digoine nous est heureusement parvenu intact, il n'en est pas de même de l'église de Palinges qui eut à subir de regrettables outrages : statues profanées puis brûlées; linges et vases sacrés volés ou vendus à l'encan; clocher arasé, c'est ce qui explique d'ailleurs l'aspect tronqué et trapu qu'il affecte aujourd'hui. On alla jusqu'à transformer le lieu en salle de banquet et de réunion tandis qu'un autel, dédié à la patrie, était élevé contre le chevet extérieur.

Les dépouilles des défunts y étaient déposées en attendant leur inhumation mais, signe des temps, l'assistance entonnait la Carmagnole et le Ça ira en guise de Dies Irae ou le De Profundis... Si, d'aventure, une paroissienne courageuse manifestait l'intention de suivre la cérémonie un chapelet à la main, quolibets, injures voire menaces avaient tôt fait de ramener la citoyenne à des sentiments plus républicains.

L'abbé GUILLOUX exerça t'il un ministère clandestin ? On l'ignore, par contre ce que l'on sait, c'est qu'il reprit son ministère avant même d'avoir rétracté son serment, rétractation intervenue assez tardivement à Autun, le 5 août 1800. En effet, le 13 avril, jour de Pâques, et le 12 juin, jour de la Fête-Dieu, il organisa au château de Digoine, deux cérémonies de première communion. Selon une tradition, à la cérémonie du 14 avril, participaient surtout des jeunes filles et des jeunes gens et même des couples mariés !

Tandis que l'on s'affairait à restaurer l'église de Palinges, qui en avait bien besoin, c'est tantôt dans une maison du bourg, tantôt au château de Digoine que l'on célébrait les offices religieux. L'église fut définitivement rendue au culte le jour de la Toussaint 1801.

Après avoir évoqué la conduite du curé de Palinges durant les années terribles, voyons maintenant celle que son vicaire adopta. L'abbé BARLERIN, vicaire donc de l'abbé GUILLOUX, était né à Marcilly, le 20 août 1753. Suivant l'exemple de son supérieur, il devait prêter également le serment schismatique. Le fameux collège électoral de Charolles le choisit pour succéder à l'abbé André GAGNARD, ci-devant curé de Vendenesse-les-Charolles qui, lui, avait préféré prendre le chemin de l'exil plutôt que de jurer fidélité à la Constitution. Ainsi, devenu curé intrus de Vendenesse, rien de particulièrement saillant ne devait marquer son ministère... sinon qu'il fut assez mal accueilli par ses nouveaux paroissiens ! Rappelons que l'on appelait "curés-intrus" des prêtres jureur nommés dans leurs fonctions par l'autorité civile, en remplacement d'un curé non assermenté ou ayant abjuré son serment. Souvent mal vus par les populations locales, leur position demeurait assez inconfortable et malgré les efforts des autorités de tutelle, leur rôle était à peu près nul.

 

Calquant peut-être son attitude sur celle de l'abbé GUILLOUX, l'abbé BARLERIN ne devait rétracter qu'en 1800. Il revint alors à Palinges, toujours en qualité de vicaire, et s'installa au presbytère qui n'avait pas trop souffert du vandalisme révolutionnaire. Sa sœur, Lucrèce BARLERIN, ancienne religieuse à Charolles, vint l'y rejoindre pour tenir la maison et enseigner le catéchisme aux enfants.

Mais où logeait le curé GUILLOUX, penserez-vous ? Et bien, l'abbé GUILLOUX logeait chez lui : pour le remercier d'avoir préservé le patrimoine familial, la comtesse de la COSTE, qui possédait alors Digoine, lui avait offert la jouissance viagère d'un domaine et d'une maison de maître au lieu-dit Lespinasse !

En 1822, il venait d'avoir soixante-dix ans, il demanda à être déchargé de son ministère, insistant auprès de l'évêché pour que son fidèle vicaire le remplaçât à la tête de la paroisse. On accéda à sa requête. Benoit GUILLOUX devait décéder l'année suivante, le 25 juillet 1823. L'abbé BARLERIN ne lui survécu que six ans et s'éteignit à son tour le 4 mai 1829 (1).

(1) Le vicaire de l'abbé BARLERIN fut l'abbé LITAUDON, et son successeur après sa mort, l'abbé FOREST. Les abbés GUILLOUX et BARLERIN ont été inhumés au cimetière de Palinges.