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Mis à jour le
jeudi 27 janvier 2000
En juin 1999, la venue du trio de jazz Prysm au festival de la Knitting
Factory avait été l'occasion pour quelques musiciens
français installés à New York de prendre des
nouvelles du pays, saluer des amis. Certains sont là depuis
quelques mois, d'autres ont été adoptés par la
ville depuis plusieurs années. Parmi eux, Franck Amsallem
pourrait faire figure de vétéran. Il a vu bien des
arrivées et bien des retours. « Rester ici,
dit-il, c'est du provisoirement définitif. » En
1981, ce pianiste né le 25 octobre 1961 à Oran
(Algérie), qui a grandi à Nice, entre pour trois ans
à la Berklee School of Music à Boston, la plus
célèbre école d'enseignement du jazz. «
Au-delà de la musique, j'avais appris la langue, les codes, le
fonctionnement de la société américaine, se
souvient Franck Amsallem qui revient en Europe pour une tournée. A New York, quand j'ai
entendu le son, la puissance, l'énergie que transmet cette
ville, j'ai su que je devais rester. »
Pour un musicien de
jazz, français ou pas, la règle est simple à New
York. Il faut jouer, beaucoup, avec le maximum de gens, dans toutes les
situations. Cela permet de vivre, payer le loyer, sortir pour voir ce
que font les autres ; il n'y a quasiment pas d'aides, pas d'Orchestre
national de jazz, la concurrence nécessite d'être
disponible, la ville est chère même pour ceux qui
résident à Brooklyn plutôt que Manhattan. «
On ne refuse rien, explique Franck Amsallem. Le piano-bar dans
des hôtels où personne n'écoute, des remplacements
dans des orchestres pour des soirées. Ici, ce n'est pas
considéré comme artistiquement dégradant parce
qu'il y a toujours quelque chose à en retirer. Il y a aussi les
shows de Broadway mais c'est plus difficile avec les syndicats, qui
sont très protectionnistes. »
«
J'ÉTAIS UN PEU EXOTIQUE »
En 1987, Franck
Amsallem se marie et obtient sa carte de séjour. Pour la
nationalité américaine, il n'a pas sauté le pas,
comme la plupart de ses compatriotes. Peut-être pour conserver
son identité, laisser une porte ouverte vers des racines,
même si le jazz afro-américain est en lui depuis son
adolescence. « Je viens de l'histoire du jazz, celle des
années 40 à 60, Bud Powell, Errol Garner, Wynton Kelly,
mais aussi tout ce qui a ses sources dans le music-hall, les chansons
qui sont devenues les standards du répertoire. Autant dire
qu'ici il y a du monde pour jouer ça. Pendant un temps,
j'étais aussi un peu exotique à vouloir jouer sur ce
terrain-là. Je suis là depuis longtemps, j'ai
enregistré aux Etats-Unis, j'ai eu des commandes pour des
compositions, des arrangements… maintenant je fais partie de la
scène new-yorkaise. » Le saxophoniste David Liebman a
fait son éloge en évoquant la variété des
ambiances, l'utilisation savante des harmonies, un goût certain
pour la mélodie, le talent d'écriture en particulier dans
les ballades, le genre le plus difficile du jazz.
La liste des musiciens
avec qui Amsallem a mené des groupes ou a collaboré
continue de l'étonner. Le tromboniste Bob Brookmeyer, les
contrebassistes Gary Peacock ou Ron Carter, les saxophonistes Charles
Lloyd, Bobby Watson, Gerry Mulligan ou Sonny Fortune, les trompettistes
Randy Brecker, Kenny Wheeler, l'arrangeur Bob Belden, le chanteur Harry
Belafonte… Avec le saxophoniste Tim Ries s'est nouée une
relation à long terme. « Ici il est fondamental,
vital, d'avoir envie de jouer, plus que cela même. Les musiciens
le sentent vite, c'est pour cela que l'on te sollicite ou qu'on accepte
de participer à un de tes groupes. Mulligan, si tu jouais un
accord qui ne lui plaisait pas, il arrêtait l'orchestre
immédiatement. » A Paris, Franck Amsallem est
programmé pour la première fois au Duc des Lombards, le
club qui, avec le New Morning, est devenu le lieu d'accueil des plus
grands. Amsallem est là avec son expérience et cette
énergie venue de New York, qui pour tenir un peu du
cliché est toutefois réelle, palpable. A Paris, il sera
de fait à nouveau un peu exotique.
Sylvain Siclier
édition du
vendredi 28 janvier 2000
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