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Franck Amsallem, un Français à New York

Portrait. Le pianiste, qui a collaboré avec de grands noms du jazz, s'installe pour un soir au Duc des Lombards.
Duc des Lombards, 42, rue des Lombards, Paris 1er. Métro Châtelet. Le 27, 21 heures. Tél. : 01-42-33-22-88. 100 F.



 
Mis à jour le jeudi 27 janvier 2000

En juin 1999, la venue du trio de jazz Prysm au festival de la Knitting Factory avait été l'occasion pour quelques musiciens français installés à New York de prendre des nouvelles du pays, saluer des amis. Certains sont là depuis quelques mois, d'autres ont été adoptés par la ville depuis plusieurs années. Parmi eux, Franck Amsallem pourrait faire figure de vétéran. Il a vu bien des arrivées et bien des retours. « Rester ici, dit-il, c'est du provisoirement définitif. » En 1981, ce pianiste né le 25 octobre 1961 à Oran (Algérie), qui a grandi à Nice, entre pour trois ans à la Berklee School of Music à Boston, la plus célèbre école d'enseignement du jazz. « Au-delà de la musique, j'avais appris la langue, les codes, le fonctionnement de la société américaine, se souvient Franck Amsallem qui revient en Europe pour une tournée. Le pianiste de jazz Franck Amsallem Mephisto A New York, quand j'ai entendu le son, la puissance, l'énergie que transmet cette ville, j'ai su que je devais rester. »

Pour un musicien de jazz, français ou pas, la règle est simple à New York. Il faut jouer, beaucoup, avec le maximum de gens, dans toutes les situations. Cela permet de vivre, payer le loyer, sortir pour voir ce que font les autres ; il n'y a quasiment pas d'aides, pas d'Orchestre national de jazz, la concurrence nécessite d'être disponible, la ville est chère même pour ceux qui résident à Brooklyn plutôt que Manhattan. « On ne refuse rien, explique Franck Amsallem. Le piano-bar dans des hôtels où personne n'écoute, des remplacements dans des orchestres pour des soirées. Ici, ce n'est pas considéré comme artistiquement dégradant parce qu'il y a toujours quelque chose à en retirer. Il y a aussi les shows de Broadway mais c'est plus difficile avec les syndicats, qui sont très protectionnistes. »

« J'ÉTAIS UN PEU EXOTIQUE »

En 1987, Franck Amsallem se marie et obtient sa carte de séjour. Pour la nationalité américaine, il n'a pas sauté le pas, comme la plupart de ses compatriotes. Peut-être pour conserver son identité, laisser une porte ouverte vers des racines, même si le jazz afro-américain est en lui depuis son adolescence. « Je viens de l'histoire du jazz, celle des années 40 à 60, Bud Powell, Errol Garner, Wynton Kelly, mais aussi tout ce qui a ses sources dans le music-hall, les chansons qui sont devenues les standards du répertoire. Autant dire qu'ici il y a du monde pour jouer ça. Pendant un temps, j'étais aussi un peu exotique à vouloir jouer sur ce terrain-là. Je suis là depuis longtemps, j'ai enregistré aux Etats-Unis, j'ai eu des commandes pour des compositions, des arrangements… maintenant je fais partie de la scène new-yorkaise. » Le saxophoniste David Liebman a fait son éloge en évoquant la variété des ambiances, l'utilisation savante des harmonies, un goût certain pour la mélodie, le talent d'écriture en particulier dans les ballades, le genre le plus difficile du jazz.

La liste des musiciens avec qui Amsallem a mené des groupes ou a collaboré continue de l'étonner. Le tromboniste Bob Brookmeyer, les contrebassistes Gary Peacock ou Ron Carter, les saxophonistes Charles Lloyd, Bobby Watson, Gerry Mulligan ou Sonny Fortune, les trompettistes Randy Brecker, Kenny Wheeler, l'arrangeur Bob Belden, le chanteur Harry Belafonte… Avec le saxophoniste Tim Ries s'est nouée une relation à long terme. « Ici il est fondamental, vital, d'avoir envie de jouer, plus que cela même. Les musiciens le sentent vite, c'est pour cela que l'on te sollicite ou qu'on accepte de participer à un de tes groupes. Mulligan, si tu jouais un accord qui ne lui plaisait pas, il arrêtait l'orchestre immédiatement. » A Paris, Franck Amsallem est programmé pour la première fois au Duc des Lombards, le club qui, avec le New Morning, est devenu le lieu d'accueil des plus grands. Amsallem est là avec son expérience et cette énergie venue de New York, qui pour tenir un peu du cliché est toutefois réelle, palpable. A Paris, il sera de fait à nouveau un peu exotique.

Sylvain Siclier

édition du vendredi 28 janvier 2000

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